Douze affaires distinctes visent directement Rachida Dati et sont répertoriées dans les médias. Pour chacune d’entre elle, les faits et la chronologie ont été résumés et sourcés précisément. Pour chaque affaire, il est essentiel de rappeler pourquoi ces faits posent problème du point de vue de la loi, mais surtout de l’éthique politique et pourquoi ils remettent en cause l’honnêteté et le désintéressement de la candidate à la mairie de Paris.

Potentielle corruption par Carlos Ghosn, ancien PDG de Renault-Nissan 

Quels sont les faits ?

En 2009, alors qu’elle vient de débuter son premier mandat d’eurodéputée après avoir quitté le ministère de la Justice, Rachida Dati signe un contrat d’avocate avec RNVB, une filiale du groupe automobile Renault-Nissan alors dirigée par Carlos Ghosn. La rémunération est fixée à 300 000 euros par an, avec une disponibilité d’environ 300 heures par an, soit un taux horaire de 1000 euros de l’heure hautement inhabituel dans la profession. Le contrat est signé avant même que Rachida Dati ait prêté serment pour devenir officiellement avocate. Ce contrat durera 3 ans, et elle percevra au total 900 000 euros de la part de la filiale opaque de Renault-Nissan. Sur sa déclaration d’intérêts d’eurodéputée, seuls les revenus touchés au titre de sa profession d’avocate sont déclarés, et pas l’identité de ses clients car elle n’a pas l’obligation de les révéler. Au sein de Renault, très peu de salariés ont connaissance de l’existence de ce contrat.

Durant cette période, alors qu’elle est rémunérée par l’entreprise d’automobiles, Rachida Dati est active en tant qu’eurodéputée sur la question de la régulation des voitures thermiques au Parlement européen où elle intervient 19 fois sur le sujet en séance plénière durant ses deux mandats. Elle dépose également une question écrite à la Commission européenne sur la régulation du niveau sonore des véhicules.

Ces contrats avec Renault resteront confidentiels jusqu’en 2018. Cette année là, Carlos Ghosn est arrêté au Japon pour des soupçons de détournements de l’argent de Renault-Nissan, puis il s’échappe au Liban. La nouvelle direction de Renault décide de lancer une enquête interne, dont les conclusions sont relayées par Le Monde. Cette enquête relève plusieurs paiements suspects réalisés par Carlos Ghosn avec l’argent de l’entreprise, dont les contrats passés avec Rachida Dati. En 2019, Le Parisien révèle qu’un actionnaire de Renault a déposé plainte contre Rachida Dati pour corruption et recel d’abus de biens sociaux, et que le Parquet y a donné suite en ouvrant une enquête préliminaire, puis en saisissant des juges d’instruction pour une information judiciaire. En octobre 2019, la mairie du 7ème arrondissement et le domicile de Rachida Dati sont perquisitionnés, et elle est auditionnée. Face aux enquêteurs, elle nie avoir effectué des actions de lobbying pour Renault en échange de sa rémunération, et affirme avoir plutôt effectué des activités de diplomatie des affaires à l’international et de conseil juridique. Mais très peu de documents écrits permettent d’attester de la consistance de ce travail censé l’avoir occupée pendant 300 heures par an. Surtout, les enquêteurs découvrent des documents qui semblent plutôt attester de l’instrumentalisation de ses pouvoirs d’eurodéputée au profit de Renault-Nissan. Le Nouvel Obs révèle notamment que la question écrite déposée en tant qu’eurodéputée par Rachida Dati en 2012 sur le niveau sonore des véhicules a été transférée 5 jours avant au secrétariat de Carlos Ghosn. Ou encore qu’une note rédigée par l’assistante parlementaire de Rachida Dati mentionne « belle victoire cette semaine à Strasbourg sur le texte concernant le niveau sonore des véhicules ». 

Après plusieurs années d’enquête ralenties par les multiples recours déposés par les avocats de Rachida Dati, les juges d’instruction clôturent finalement leur enquête et considèrent avoir réuni suffisamment de preuves pour justifier du renvoi de Rachida Dati devant un tribunal pour un procès pour trafic d’influence et corruption. Il se déroulera du 16 au 28 septembre 2026.

Pourquoi ça pose problème ?

Dans le cadre de cette affaire Renault-Nissan, Rachida Dati sera précisément jugée pour 4 délits différents : 

  • Corruption : le procès devra déterminer si la rémunération totale de 900 000 euros reçue de Renault-Nissan par Rachida Dati n’a pas constitué un avantage quelconque, ou “pot-de-vin”, en échange de l’accomplissement d’actes de sa fonction d’eurodéputée, comme le dépôt de questions écrites ou des interventions en séance plénière. 
  • Trafic d’influence : Ces 900 000 euros pourraient également avoir été versés non pas pour accomplir directement un acte de sa fonction d’élue, mais pour faire usage de son influence réelle ou supposée auprès d’une autre autorité publique, comme la Commission européenne ou d’autres eurodéputés, afin d’obtenir de leur part une décision publique favorable à Renault-Nissan.
  • Recel d’abus de pouvoir et d’abus de confiance : si Carlos Ghosn a prélevé frauduleusement de l’argent sur les comptes de Renault-Nissan pour rémunérer Rachida Dati, alors cette dernière pourrait avoir commis un recel de ces délits en profitant de leurs fruits illicites. 

Si elle était reconnue coupable, Rachida Dati pourrait être condamnée à une peine de prison et d’amende pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 1 000 000 d’euros d’amende. En outre, elle pourrait également être condamnée à une peine d’inéligibilité allant jusqu’à 5 années, avec une possible exécution provisoire qui la contraindrait à quitter immédiatement tous ses mandats d’élue locale même en cas d’appel. Les délits de corruption et trafic d’influence peuvent en effet faire l’objet d’une peine complémentaire d’inéligibilité.


Potentielle corruption par GDF-Suez 

Quels sont les faits ?

En juin 2013, Les Échos publient un article qui indique au détour d’une phrase que Rachida Dati est consultante pour l’entreprise gazière GDF Suez (aujourd’hui nommée Engie). Cette information n’est pas présente sur sa déclaration d’intérêts d’euro-députée car elle a seulement l’obligation de mentionner son activité d’avocate et le montant des revenus associés, pas le nom de ses clients. En novembre 2013, l’eurodéputée écologiste Corinne Lepage publie un billet qui pointe du doigt une tribune pro-gaz publiée par Rachida Dati dans Les Échos le 16 octobre 2013, et les multiples amendements et questions écrites pro-gaz qu’elle a déposé au Parlement européen, alors même qu’il ne s’agit pas de son sujet de spécialité. Deux ONG bruxelloises écrivent alors une lettre au Président du Parlement européen pour lui demander de vérifier si Rachida Dati ne se trouverait pas en situation de conflit d’intérêts en étant rémunérée par GDF-Suez. 

Le président du comité consultatif sur la conduite des députés est alors saisi et il auditionne Rachida Dati en 2014. Celle-ci affirme que son travail d’avocate se concentre sur les violences conjugales, l’éducation, l’égalité hommes-femmes. Elle refuse de divulguer l’identité de ses clients en invoquant le secret professionnel des avocats. L’enquête du Parlement ne pourra pas aller plus loin, faute de preuves et de capacités d’investigations accrues. Rachida Dati sera tout de même régulièrement interrogée par les médias ou par des juges d’instruction dans les années suivantes sur son éventuelle rémunération par GDF-Suez, et elle refusera à chaque fois d’y répondre, ou niera tout contrat avec GDF Suez. Des notes dans un cahier de son assistante saisi par la justice dans le cadre de l’affaire Renault-Nissan mentionnent pourtant “GDF et Areva sont concurrents, revoir contrat dernière page” ou encore“GDF 250”.

Surtout, en juin 2025, Complément d’enquête et Le Nouvel Obs publient des documents issus d’un cabinet d’avocat avec lequel collaborait Rachida Dati lorsqu’elle était eurodéputée. Ceux-ci démontrent l’existence de 2 paiements effectués en 2010 à Rachida Dati, pour un montant total de 299 000 euros, avec l’un de ces paiements d’un montant de 149 500 euros indiquant “DATI HONORAIRE GDF SUEZ”

Après cette publication, le Parquet national financier saisi deux juges d’instruction et la mairie et domiciles de Rachida Dati sont perquisitionnés le 18 décembre 2025. Une information judiciaire est ouverte pour “corruption active et passive”, “trafic d’influence”, “détournement de fonds publics”, “recel” et “blanchiment de ces délits en lien avec l’exercice du mandat de parlementaire européen”, et elle est toujours en cours avant un éventuel renvoi en procès.

Pourquoi ça pose problème ?

Si la rémunération de 300 000 euros par GDF-Suez était confirmée, elle pourrait constituer une faute à deux niveaux. D’abord, le Code de conduite des eurodéputés leur interdit de se retrouver en situation de conflit d’intérêt entre leurs activités privées, et les activités qu’ils peuvent mener dans le cadre de leur mandat. C’est ce qui a conduit à l’audition de Rachida Dati par le comité éthique du Parlement européen en 2014. Mais Rachida Dati n’étant plus eurodéputée aujourd’hui, elle ne peut plus être sanctionnée à ce titre. 

Le niveau de faute le plus grave relève du Code pénal et fait l’objet aujourd’hui d’une information judiciaire par la justice française. Les responsables publics n’ont en effet pas le droit de recevoir un avantage quelconque, comme une rémunération par exemple, en l’échange d’un acte relevant de leur mandat public. C’est le délit pénal de corruption. Les responsables publics ne peuvent pas non plus être rémunérés par un tiers pour faire usage de leur influence réelle ou supposée auprès d’un autre responsable public pour obtenir une décision publique indue. C’est le délit pénal de trafic d’influence. Enfin, les parlementaires ne peuvent pas faire travailler leurs assistants parlementaires, rémunérés par de l’argent public, sur leurs activités privées. C’est le délit pénal de détournement de fonds publics. Tous ces délits peuvent faire l’objet d’une amende pouvant aller jusqu’à 1 000 000 d’euros et 10 ans d’emprisonnement, soit le niveau de peine le plus lourd possible pour un délit, ce qui en indique clairement la gravité (au-delà l’infraction devient un crime).


Potentielle corruption par le Qatar

Quels sont les faits ?

En 2024, Le Nouvel Obs révèle qu’un des premiers contrats conclu par Rachida Dati en 2009, alors qu’elle vient d’être élue eurodéputée, est un contrat avec l’entreprise AlphaOne Partners, fondée par le gestionnaire de grandes fortunes Nicolas Sarkis. Celui-ci sera auditionné des années plus tard par la justice française et il indiquera d’après Le Monde avoir rémunéré Rachida Dati « 300 000 euros de septembre 2012 à mars 2014 » et « 100 000 euros par an de 2010 à 2018, dans le cadre d’un forfait annuel de conseil juridique ».

Or, en 2017, la journaliste Bérengère Bonte avait révélé dans son livre-enquête “La République Française du Qatar” que Rachida Dati a sollicité en 2016 à deux reprises un virement de 400 000 euros à des représentants du Qatar pour financer un “un club des ambassadeurs des pays du Golfe” qu’elle venait juste de créer. Une société basée au Luxembourg nommée AlphaOne Energy II, et justement liée à Nicolas Sarkis, devait recueillir ces fonds. Les propositions sont rejetées par l’ambassadeur du Qatar, puis par le ministère des affaires étrangères du Qatar. 

Par ailleurs, en 2024 Blast publie plusieurs documents de travail rédigés par des assistants parlementaires de Rachida Dati lorsqu’elle était eurodéputée, portant sur des sujets en lien avec le Qatar et destinés à Ali bin Samikh Al Marri, ministre du travail du Qatar soupçonné par la justice Belge d’avoir été impliqué dans la potentielle corruption d’une vice-présidente du Parlement européen dans le cadre de l’affaire du Qatargate.

Ces liens avec le Qatar ont conduit d’après Le Monde à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier (PNF) en avril 2025 pour délits de corruption active et passive, trafic d’influence, détournement de fonds, et recel et blanchiment de ces délits. Cette enquête a ensuite été confiée à des juges d’instruction par le PNF en octobre 2025, qui ont perquisitionné le domicile de Rachida Dati le 18 décembre 2025.

Pourquoi ça pose problème ?

Les eurodéputés ont le droit d’exercer des activités professionnelles annexes en parallèle de leur mandat, à condition qu’ils les déclarent dans leur déclaration d’intérêts (sans que les avocats aient l’obligation de déclarer l’identité de leurs clients). Cependant, ils ne peuvent en aucun cas vendre leurs décisions publiques, ou leur influence auprès d’autres responsables publics à leur employeur privé contre de l’argent, car cela pourrait relever du délit pénal de corruption ou de trafic d’influence. L’ouverture d’une information judiciaire, et les perquisitions qui ont suivi, montrent que la justice soupçonne Rachida Dati d’avoir commis ces délits.

Le Qatar est un état autoritaire, déjà impliqué dans plusieurs affaires de corruption de responsables publics afin de blanchir son image, d’accueillir des évènements internationaux sur son territoire ou vendre son pétrole et son gaz. Notamment, de graves accusations visent le Qatar pour la possible corruption de responsables publics européens dans le cadre de l’affaire du “Qatargate” qui éclate en 2022. Une ex vice-présidente du Parlement européen y est soupçonnée d’avoir été rémunérée plusieurs centaines de milliers d’euros en liquide pour des prises de position en faveur du Qatar. En France, un ancien député a été également mis en examen en 2024 pour “corruption” par le Qatar. Ces deux responsables publics bénéficient également de la présomption d’innocence, mais contrairement à Rachida Dati ils ont perdu tout soutien politique dès la révélation médiatique d’accusations de corruption par le Qatar.


Possible complicité dans la détention illégale d’un français au Qatar

Quels sont les faits ?

Le 13 janvier 2020, l’homme d’affaires franco-algérien Tayeb Benabderrahmane est arrêté au Qatar. Il prétend être en possession d’éléments compromettants pour Nasser al-Khelaïfi, président du PSG disposant d’un statut de ministre au sein du gouvernement qatari. Pour faire libérer son mari, la femme de Tayeb Benabderrahmane contacte des avocats en France et est mise en relation avec Rachida Dati qui lui suggère de prendre pour avocat Olivier Pardo, par qui Rachida Dati est déjà défendue dans l’affaire Renault.

Le 31 octobre 2020, Tayeb Benabderrahmane est finalement libéré mais après avoir été contraint de signer un accord avec les autorités qataries en échange de la remise des documents compromettant sur Nasser al-Khelaïfi qu’il prétend posséder. Une pénalité de 5 millions d’euros est prévue dans cet accord s’il venait à en rompre la confidentialité.

Un an après sa libération, en 2021, Libération révèle que Tayeb Benabderrahmane accuse Rachida Dati et Olivier Pardo, de l’avoir trahi afin d’être rémunérés par le Qatar, et de l’avoir fortement incité à signer cet accord le contraignant au silence en l’échange de sa libération. Il dépose plainte, et le 27 juin 2023, Le Monde révèle que la police française perquisitionne l’hôtel de ville du 7e arrondissement dont Rachida Dati est maire, ainsi que la cabinet de l’avocat Olivier Pardo. Cette perquisition s’inscrit dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour des faits présumés d’« enlèvement, de séquestration avec torture et d’actes de barbarie, d’association de malfaiteurs et extorsion en bande organisée ». 

Pourquoi ça pose problème ?

La justice française soupçonne que le détention de Tayeb Benabderrahmane au Qatar constitue en réalité une séquestration illégale avec torture et actes de barbarie sur un citoyen français, ce qui constituerait un crime : le niveau d’infraction le plus grave possible en droit français. Dans ce contexte, ses avocats qui ont une obligation déontologique de loyauté envers leurs clients auraient dû avertir les autorités françaises. La déontologie interdit également aux avocats de travailler pour des clients aux intérêts opposés en même temps. Si Rachida Dati agissait comme avocate de Tayeb Benabderrahmane tout en conseillant en parallèle le Qatar, comme celui-ci l’affirme, elle aurait alors pu commettre une faute déontologique en tant qu’avocate, et une faute pénale vis-à -vis d’un justiciable français en danger. 


Possible corruption par l’Azerbaïdjan

Quels sont les faits ?

Le 15 septembre 2011, Rachida Dati co-préside en tant que maire du 7ème arrondissement une soirée en l’honneur de l’épouse du dirigeant autoritaire de l’Azerbaïdjan. Le lendemain, elle organise en tant qu’eurodéputée une conférence au Parlement européen vantant le rôle de l’Azerbaïdjan dans l’apprivoisement énergétique de l’UE, en présence du ministre de l’Energie azéri et du vice-président de la Socar, l’entreprise publique azéri d’extraction de gaz et pétrole. Au-delà de ces évènements, Rachida Dati multipliera durant des années les prises de position publiques favorables, et les voyages en Azerbaïdjan. Et surtout, dans le cadre de son mandat d’eurodéputée, Rachida Dati dépose un grand nombre d’amendements favorables aux intérêts pétro-gaziers dont l’Azerbaïdjan tire une grande partie de ses revenus. Notamment sur la « feuille de route de l’UE pour l’énergie à l’horizon 2050 », où elle ajoute qu’il faut mieux coopérer avec les pays du Caucase, dont fait partie l’Azerbaïdjan.

En 2019, dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Renault, la justice découvre des éléments pouvant laisser penser que l’Azerbaïdjan a également rémunéré Rachida Dati en tant qu’avocate. Le Nouvel Obs en révèle le contenu : dans un cahier d’une assistante de Rachida Dati, il est mentionné “Dossier Sarkis : – GDF Suez – Total – Socar PK tel le 3/10/2011”. Nicolas Sarkis est un conseiller en gestion de patrimoine, soutien de l’Azerbaïdjan, spécialiste des énergies fossiles et propriétaire de l’entreprise Alpha One Partners qui a rémunéré Rachida Dati pour un total de près d’un million d’euros entre 2012 et 2018. Or, en 2011, les 3 entreprises mentionnées dans cette note se sont associées pour explorer un champ gazier situé en Azerbaïdjan. 

Ces éléments justifient l’ouverture d’une information judiciaire par le Parquet national financier le 14 octobre 2025, pour corruption active et passive, trafic d’influence, détournement de fonds, et recel et blanchiment de ces délits. Dans ce cadre, la mairie du 7ème arrondissement et le domicile de Rachida Dati seront perquisitionnés le 18 décembre 2025.  

Pourquoi ça pose problème ?

Les eurodéputés ont le droit d’exercer des activités professionnelles annexes en parallèle de leur mandat, à condition qu’ils les déclarent dans leur déclaration d’intérêts (sans que les avocats aient l’obligation de déclarer l’identité de leurs clients). Cependant, ils ne peuvent en aucun cas vendre leurs décisions publiques, ou leur influence auprès d’autres responsables publics à leurs employeurs contre de l’argent, car cela pourrait relever du délit pénal de corruption ou de trafic d’influence. L’ouverture d’une information judiciaire, et les perquisitions qui ont suivi, montrent que la justice soupçonne Rachida Dati d’avoir commis ces délits.

L’Azerbaïdjan est un État autoritaire, impliqué dans de multiples cas de corruption de responsables publics à travers le monde pour blanchir son image et vendre son pétrole et son gaz. Ces pratiques ont été nommées “diplomatie du caviar” et éclairées par une enquête publiée en 2017 par un consortium de journalistes. 


Potentielle corruption par Orange

Quels sont les faits ?

En 2024, Libération révèle que Rachida Dati a signé en 2010, alors qu’elle était eurodéputée, un contrat en tant qu’avocate avec l’entreprise de télécommunications Orange. Ce contrat est rémunéré à 100 000 euros par an, et il sera reconduit jusqu’en 2018, ce qui permettra à Rachida Dati de toucher un total de 800 000 euros. L’identité de ce client n’est pas mentionnée dans la déclaration d’intérêts de Rachida Dati, car la loi ne rend pas obligatoire pour les avocats la déclaration de l’identité de leurs clients.

Cette rémunération fait l’objet d’une information judiciaire ouverte en octobre 2025 pour corruption active et passive, trafic d’influence, détournement de fonds, et recel et blanchiment de ces délits. En effet, selon Le Monde, cette nouvelle information judiciaire ouverte en 2025 “concerne les activités et les rémunérations de Mme Dati alors qu’elle était députée européenne (2009-2019) – en dehors de celles en lien avec Renault-Nissan et son ex-PDG Carlos Ghosn“. Le domicile et les bureaux au ministère de la culture et à la mairie du 7ème arrondissement ont été perquisitionnés dans ce cadre le 18 décembre 2025. 

Pourquoi ça pose problème ?

Il est d’abord possible que le cumul d’une activité de conseil rémunérée pour Orange avec l’ancien mandat d’eurodéputée de Rachida Dati ait été illégal. Les parlementaires ont en effet l’interdiction d’exercer des activités de conseil pour une entreprisejouissant, sous forme de garanties d’intérêts, de subventions ou, sous forme équivalente, d’avantages assurés par l’État”. Néanmoins, cette incompatibilité est prévue par le Code électoral et pas par le Code pénal et elle ne peut donc pas faire l’objet d’une sanction a posteriori, une fois que le mandat est terminé.

Les manquements qui peuvent toujours faire l’objet d’une sanction aujourd’hui en lien avec ce contrat pour Orange relèvent du Code pénal. En effet, les eurodéputés ont le droit d’exercer des activités professionnelles annexes en parallèle de leur mandat, à condition qu’ils les déclarent dans leur déclaration d’intérêts (sans que les avocats aient l’obligation de déclarer l’identité de leurs clients). Cependant, ils ne peuvent en aucun cas vendre leurs décisions publiques, ou leur influence auprès d’autres responsables publics à leurs employeurs privés contre de l’argent, car cela pourrait relever du délit pénal de corruption ou de trafic d’influence. L’ouverture d’une information judiciaire, et les perquisitions qui ont suivi, montrent que la justice soupçonne Rachida Dati d’avoir commis ces délits.


Bijoux potentiellement non déclarés à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique

Quels sont les faits ?

En avril 2025, Libération révèle que Rachida Dati pourrait avoir omis de déclarer des bijoux qu’elle possèderait à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. 19 bijoux pourraient avoir été détenus depuis 2017, pour un montant total de 420 000 euros, la plupart lui ayant été offerts par l’homme d’affaires Henri Proglio, ancien PDG d’EDF et de Veolia.


En septembre 2025, Blast publie des factures de bijoux réglées par Henri Proglio, et des photos identifiant Rachida Dati portant certains de ces bijoux, pour un montant total estimé à 600 000 euros.

Quelques jours après cette publication, le parquet de Paris annonce l’ouverture d’une enquête préliminaire pour potentiel délit d’omission de déclaration de patrimoine à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Cette enquête est toujours en cours.

Pourquoi ça pose problème ?

La loi impose aux membres du gouvernement de mentionner dans leur déclaration publique de patrimoine les biens d’une valeur supérieure à 10 000 euros. Cette déclaration a pour objectif de permettre de détecter les enrichissements suspects, pour s’assurer qu’un responsable public n’a pas bénéficié de cadeaux qui pourraient s’apparenter à des pots-de-vin offerts pour les corrompre. Le non-respect de cette obligation de déclaration est un délit pénal qui peut entraîner une peine d’amende (jusqu’à 45 000 euros), de prison (jusqu’à 3 ans) et d’inéligibilité (jusqu’à 10 ans).


Recours systématique à des procédures-baillons pour faire taire toute évocation de ses affaires

Quels sont les faits ?

Rachida Dati poursuit régulièrement en justice pour diffamation, ou menace de le faire, les journalistes, politiques, lanceurs d’alerte et même simples citoyens qui évoquent publiquement les accusations qui la visent. Ces plaintes n’aboutissent quasiment jamais. En voici une liste non exhaustive : 

  • En 2008, un avocat réunionnais évoque le faux CV produit par Rachida Dati pour entrer à l’École nationale de la magistrature, il est visé par une plainte en diffamation de Rachida Dati alors ministre de la Justice. Les poursuites seront jugées irrecevables par la justice.
  • En 2016, la journaliste Bérengère Bonte qui enquête sur les liens entre le Qatar et Rachida Dati reçoit un appel téléphonique de cette dernière qui lui dit “Eh bien, on se retrouvera au tribunal”. La plainte en diffamation ne sera finalement jamais déposée malgré la publication du livre de la journaliste.
  • En 2019, Rachida Dati annonce attaquer en justice pour dénonciation et diffamation l’actionnaire de Renault, ainsi que son avocat, qui avait lancé l’alerte sur ses contrats avec Renault-Nissan. En 2020, elle finit par renoncer à ces procédures
  • En 2024, Rachida Dati porte plainte pour “entrave à la justice” contre le nouveau dirigeant de Renault, Jean Dominique Sénard, qui a succédé à Carlos Ghosn et mené une enquête interne sur les contrats passés par ce dernier avec l’ex-eurodéputée. Finalement, elle ne se présente pas au tribunal pour faire prospérer la plainte.
  • En 2024, en réponse à un questionnaire envoyé par Le Nouvel Obs sur ses liens d’affaires, les avocats de Rachida Dati annoncent qu’elle se réserve la possibilité de porter plainte en diffamation et violation du secret de l’instruction en cas de publication de l’article.
  • En mai 2025, Rachida Dati annonce qu’elle va porter plainte en diffamation contre Libération qui a publié une enquête sur ses bijoux potentiellement non déclarés à la HATVP.
  • En juillet 2025, Rachida Dati a été condamnée à verser 2000 euros de dommages et intérêts à l’ex-ministre socialiste Aurélie Filippetti qui avait dénoncé publiquement ses liens avec l’Azerbaïdjan et qu’elle avait poursuivi en diffamation.
  • En 2025, le tribunal judiciaire de Paris considère comme non fondée la plainte en diffamation déposée par Rachida Dati contre le Canard Enchaîné qui avait publié en 2024 un article mentionnant ses liens avec l’Azerbaïdjan et le Qatar.
  • Le 27 février 2026, trois heures après le lancement de ce site, le directeur de campagne de Rachida Dati adresse à l’hébergeur OVH une demande de retrait de ce contenu, au motif qu’il s’agirait d’une atteinte à la présomption d’innocence (Code civil, article 9-1), et d’une diffamation (Loi du 28 juillet 1881, article 29)

D’après les informations disponibles en ligne, une seule de ces plaintes a déjà aboutie : 

  • En 2024, l’adjointe à la maire de Paris Lamia El Aaraje est condamnée en première instance à 5000 euros d’amendes pour atteinte à la présomption d’innocence pour le tweet suivant : “Rachida Dati ministre, mauvaise nouvelle pour la France, bonne nouvelle pour Paris. Corruption passive, recel d’abus de pouvoir, trafic d’influence… Beau palmarès !”. Rachida Dati n’a en effet pour l’instant jamais été condamnée par la justice pour ces délits et elle bénéficie de la présomption d’innocence.

Pourquoi ça pose problème ?

Si n’importe quel justiciable peut contester en justice une diffamation dont il s’estime victime, le recours systématique par Rachida Dati à des plaintes ou menaces de plaintes relève d’une stratégie de “procédures-baillons” visant à susciter la peur chez les personnes s’exprimant sur ses affaires. Le recours à cette stratégie est prouvé par les multiples désistements de Rachida Dati après des menaces publiques de plaintes, et par les multiples fois où ces plaintes ont été rejetées par la justice.


Le recours à une telle stratégie de “procédures-baillons” peut faire l’objet d’une sanction judiciaire, notamment au titre de l’infraction de procédure abusive prévue par le Code civil. Rachida Dati a déjà commis une telle infraction suite à sa procédure bâillon initiée contre Aurélie Filippetti, et dans son jugement le tribunal l’a enjoint à “montrer une plus grande tolérance vis-à-vis de la critique” et a considéré qu’elle avait fait preuve d’une “légèreté blâmable” en s’impliquant très peu dans la procédure qu’elle avait elle même initiée. Rachida Dati a annoncé faire appel de ce jugement.


Prise en charge de ses frais d’avocats avec de l’argent public

Quels sont les faits ?

En octobre 2025, Le Monde révèle que Rachida Dati a sollicité auprès de la ville de Paris à 5 reprises depuis 2020 la prise en charge de ses frais d’avocats avec de l’argent public, au titre de la protection fonctionnelle. Ce mécanisme légal permet aux élus locaux de se faire payer les frais de défense dans les procédures en lien avec leur mandat, à condition que ces procédures ne soient pas liées à une faute personnelle détachable de l’exercice des fonctions publiques. Rachida Dati obtiendra 2 fois cette protection fonctionnelle, afin de lancer des poursuites judiciaires en diffamation contre la maire de Paris Anne Hidalgo. Et pour contester les refus d’octroi de protection fonctionnelle dans d’autres affaires, Rachida Dati ira jusqu’à déposer des recours devant le tribunal administratif.

En novembre 2025, Le Canard Enchaîné révèle que Rachida Dati a bénéficié en tant qu’avocate de la prise en charge de ses frais d’avocats à hauteur de 300 000 euros, soit le maximum possible, par le fond d’assurance du barreau de Paris, dans le cadre de son procès pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire Renault-Nissan. Cette assurance de défense pénale est destinée à prendre en charge la défense de tout avocat poursuivi pour un délit ou en crime, jusqu’à un maximum de 300 000 euros, et elle est financée grâce à un contrat d’assurance payé par les cotisations de tous les avocats parisiens.

Pourquoi ça pose problème ? 

Sur la forme, la prise en charge des frais d’avocats de Rachida Dati via la protection fonctionnelle ou l’assurance défense pénal sont légaux et ont été validés par les instances compétentes. Sur le fond, il faut rappeler que leur octroi n’est pas automatique et nécessite une sollicitation proactive. Certains élus ou avocats y renoncent quand ils estiment pouvoir les prendre en charge eux-mêmes. Le recours systématique à ces enveloppes d’argent public par Rachida Dati entre en contradiction avec des propos qu’elle a pu tenir le 7 octobre 2025 : “Je n’utilise pas l’argent des Parisiens, ni pour des affaires personnelles, ni dans le cadre de mes fonctions, parce que j’estime que quand on gagne bien sa vie, ce n’est pas aux Parisiens, ce n’est pas à la collectivité de payer pour vous. Et j’ajoute, ce qui n’est pas mon cas, [que] les avocats de Mme Hidalgo, les avocats de M. [Emmanuel] Grégoire sont payés par les Parisiens.”


Multiples interventions pour appuyer des demandes de logements sociaux, y compris celle de sa sœur

Quels sont les faits ?

En octobre 2025, Le Canard Enchaîné révèle que Rachida Dati a appuyé à plusieurs reprises les demandes de logements sociaux de proches, dont sa sœur qui a fini par obtenir un logement social sur le contingent dépendant de l’ancien maire d’arrondissement LR du XVème arrondissement.

En novembre 2025, Le Monde révèle que Rachida Dati sollicite très régulièrement les services de la ville pour appuyer des demandes de logements sociaux, avec une moyenne de 5 demandes par semaine, ce qui fait d’elle l’élue parisienne appuyant le plus ces demandes.

Pourquoi ça pose problème ?

Les maires parisiens d’arrondissements peuvent relayer de demandes de logements sociaux, mais ils ne peuvent pas appuyer des demandes de proches dans leur propre arrondissement car cela les placeraient en situation de conflit d’intérêts, voire de prise illégale d’intérêts, en raison de leur rôle dans la commission d’attribution de HLM de la mairie d’arrondissement. Les sollicitations d’élus d’autres arrondissements du même bord politique apparaissent donc comme un moyen de contourner cette interdiction de façon légale.
Par ailleurs, les appuis fréquents de demandes de logements sociaux par Rachida Dati dans une ville où l’offre est très tendue apparaissent en contradiction avec ses votes au Conseil de Paris, où elle s’oppose quasi-systématiquement à toute construction de nouveaux logements sociaux.


Prise en charge d’importantes dépenses de frais de bouche et communication avec de l’argent public

Quels sont les faits ? 

En mars 2008, Médiapart révèle que le contrôleur financier du ministère de la Justice a rappelé à l’ordre le cabinet de Rachida Dati, alors ministre de la Justice, pour des dépenses excessives en frais de réception réalisées en 2008. En 3 mois, près des deux tiers de l’enveloppe annuelle de 180 000 euros prévue pour ces frais avaient déjà été dépensés pour organiser de nombreuses réceptions au ministère. En 2007, les dépenses en frais de réception avaient déjà considérablement augmenté puisque Rachida Dati avait dépensé en 6 mois plus de 4 fois plus d’argent public en frais de réception que le précédent ministre de la justice sur une période équivalente. Certains événements, comme une Fête de la musique dans les jardins d’un ministère, ou une garden party pour le 14 juillet, ont coûté respectivement 23 832 euros et 57 467 euros rien qu’en frais de traiteurs, hors dépenses de personnel. Des frais de luxe sont également pris en charge avec de l’argent public, comme une note de restaurant à 1730 euros ou des frais d’hôtel à 3903 euros. Quelques dépenses personnelles de Rachida Dati qui semblent avoir été prises en charge avec cet argent public : des paires de collants et du maquillage.

En juillet 2014, Le Canard Enchaîné révèle à partir d’un audit financier des comptes de l’UMP que le parti politique, qui bénéficie d’importants financements publics, prenait en charge jusqu’à 10 000 euros par an de forfait téléphonique pour sa membre Rachida Dati, ainsi que 9000 euros de billets de train et 4000 euros de billets d’avion pour l’année 2013, ainsi que le salaire d’une collaboratrice personnelle rémunérée 7000 euros par mois.

En mai 2015, Le Point révèle que la Cour des comptes a sanctionné le comptable public du ministère de la Justice pour des factures réglées entre 2008 et 2009, au moment où Rachida Dati était ministre de la Justice. Cette sanction invalide 190 000 euros de dépenses en raison d’une violation des obligations formelles comptables. Sont notamment invalidées 180 000 euros de dépenses de communication auprès de la société Giacometti Péron dont le président sera définitivement condamné en 2025 pour favoritisme dans le cadre d’une autre affaire, celle des “sondages de l’Élysée”.

Pourquoi ça pose problème ?

Ces importantes dépenses d’agent public bénéficiant à la carrière politique personnelle de Rachida Dati n’ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire. Mais sur le plan politique, ces dépenses sont en contradiction avec les propos très critiques tenus par Rachida Dati en 2025 à propos des notes de frais de la maire de Paris Anne Hidalgo. Rachida Dati affirmait notamment en 2025 à ce sujet : “Je n’ai jamais utilisé d’argent public contrairement à vous. Vous devrez vous expliquer sur les notes de frais et dépenses personnelles qu’ont payés les Parisiens pour vous” et évoquait un “train de vie démesuré” d’une maire “qui ponctionne les parisiens”.


Présentation d’un CV trompeur pour être admise à l’École nationale de la Magistrature

Quels sont les faits ?

En 2007, Le Canard Enchaîné publie un CV de Rachida Dati envoyé au jury de l’École nationale de la Magistrature où celle-ci a indiqué “1993 : M.B.A. du groupe HEC – Ancienne élève de l’Institut Supérieur des Affaires”. Pourtant, ce diplôme ne lui a jamais été accordé puisqu’elle n’a pas terminé la formation. 

Pourquoi ça pose problème ?

Ce CV laissant entendre l’obtention d’un diplôme prestigieux a été utilisé en 1996 par Rachida Dati comme document justificatif pour entrer à l’École Nationale de la Magistrature sans passer le difficile concours écrit d’entrée, grâce à une voie d’admission parallèle sur dossier destinée aux personnes bénéficiant déjà d’une expérience professionnelle.